5k1nd3r — La Ligne Bleue, fragments d’exil et artisanat sonore

A l'occasion de la sortie de son album La Ligne Bleue le 13 juin 2026 chez Wild Bohemia Records, , 5k1nd3r se confie sur sa génèse, ses inspirations. Entretien.

5/25/20263 min read

Entre poésie documentaire, paysages intérieurs et textures fabriquées à la main, La Ligne Bleue marque une nouvelle étape dans l’univers singulier de 5k1nd3r. Inspiré par le travail photographique de Cyrine Mami autour des frontières maritimes, l’album explore les thèmes de l’attente, du déracinement et des rêves suspendus à travers une approche profondément organique et artisanale. Composé à domicile à partir d’instruments traditionnels autant que d’objets du quotidien, ce disque refuse les automatismes et les productions standardisées pour privilégier l’intuition, les accidents et le geste humain. Rencontre avec un musicien autodidacte qui transforme l’ordinaire en matière sonore sensible. Entretien.

Comment est né le projet La Ligne Bleue ?

Le projet est né après ma découverte du travail photographique de Cyrine Mami autour de la notion de frontière maritime. Ses images m’ont profondément marqué. J’y ai ressenti quelque chose de très mélancolique, mais aussi de très humain : des rêves suspendus, des attentes infinies, des espoirs qui dérivent sans jamais vraiment atteindre l’autre rive. J’ai eu envie de prolonger cette émotion à travers le son.

L’album semble très organique dans sa fabrication…

Oui, complètement. Tout a été composé chez moi, entre le salon et la cuisine, de manière très instinctive. Je voulais garder quelque chose de vivant et de fragile. J’ai utilisé des guitares, bien sûr, mais aussi des objets du quotidien : des tables, des casseroles, des surfaces rigides… Tout pouvait devenir instrument ou texture sonore. J’aime cette approche artisanale de la musique, le fait de transformer l’immédiat en matière émotionnelle.

Tu te définis souvent comme un musicien “artisanal”. Qu’est-ce que cela signifie pour toi ?

Je suis autodidacte, et je compose un peu comme je dessine : sans plan précis, en laissant les choses apparaître progressivement. Je ne cherche pas la perfection technique ni les productions ultra-lisses. Ce qui m’intéresse, c’est le geste humain, les accidents, les imperfections qui donnent une âme à un morceau. Dans une époque où beaucoup de musique semble générée ou standardisée, j’aime entendre le grincement des cordes, le son de la poussière ou le souffle de l’ampli.

Quelles sont les influences qui traversent cet album ?

Elles sont très variées. Depuis l’adolescence, je suis fasciné par Black Celebration de Depeche Mode, par Hunky Dory de David Bowie, par la poésie cabossée de Tom Waits, mais aussi par le jazz et certaines musiques orientales qui ont accompagné mon enfance. Toutes ces influences se mélangent de manière assez instinctive. J’aime que les sonorités mineures s’ouvrent sur des mélodies majeures autorisant l’espoir et l’ouverture.

Le thème de la frontière et de l’exil est central dans La Ligne Bleue. Avais-tu une intention politique ?

Aucunement. Je ne voulais pas faire un discours ou illustrer frontalement les drames liés à la migration, le désir d’ailleurs est universel. Ce qui m’intéressait davantage, c’était l’expérience humaine, du mouvement empêché. Je questionne le paradoxe d’un monde mondialisé où les données s'échangent en millisecondes, alors que certains ne sont pas autorisés à se déplacer librement pour tenter leur chance. J’ai essayé de suggérer plutôt que d’expliquer, de faire ressentir des présences humaines à travers des sons, des répétitions, des atmosphères.

Le disque donne parfois l’impression d’être suspendu dans le temps…

Oui, c’est quelque chose d’important pour moi. La création est une forme de suspension. Quand je compose, j’ai parfois l’impression de sortir du temps quotidien. La musique reste pour moi une expérience presque mystérieuse, quelque chose qui dépasse un peu la logique rationnelle.

Que voudrais-tu que les auditeurs retiennent de cet album ?

Peut-être simplement une sensation, une parenthèse dans nos quotidiens. J’espère susciter une bienveillance pour ces êtres contraints. L’impression d’avoir traversé un espace fragile et humain. Si certaines personnes peuvent s’y projeter, y retrouver leurs propres doutes, leurs propres espoirs ou leurs propres errances, alors le projet aura trouvé sa place.